
Michel Destot
maire PS de Grenoble, à propos de HP
par
Vincent Delfau
"la décision du groupe ne peut se justifier. Il n'y a pas de raison industrielle ou stratégique permettant de comprendre ceci"
(16/09/2005) -
Michel Destot, maire socialiste de Grenoble, réagit au plan drastique de restructuration annoncé par HP et qui - en France et notamment sur les sites isérois - devrait se traduire par 1 240 emplois supprimés, soit 26% de l'effectif du constructeur dans l'Hexagone.
LMI : Avez-vous entrepris des actions pour limiter les suppressions d'emplois prévues par HP ?
Michel Destot : On ne connaît pas encore le nombre précis d'emplois supprimés site par site, il faudra attendre encore quelques jours. Pour le site d'Eybens, près de Grenoble, on devrait cependant être proche de 600 postes sacrifiés, et certainement 50 % à l'Isle d'Abeau. J'ai parlé pendant une heure avec Patrick Starck, le PDG de HP France, pour essayer de comprendre les raisons d'une telle annonce. Mais Starck n'a pas de poids sur la stratégie, même au niveau local. Tout ce qu'il peut répondre c'est qu'il se contente d'appliquer les décisions du board international et que HP ne peut pas être en retard vis-à-vis de la concurrence.
Ce que je souhaite maintenant, c'est rencontrer Mark Hurd. Je lui ai écrit, je mobilise mes contacts pour tâcher de le faire revenir sur son attitude coup de poing : c'est massif et c'est idiot.
Comment avez-vous réagi en apprenant l'étendue du plan de restructuration ?
J'ai d'abord été choqué, puis en colère. Naturellement on se sent tous solidaires des salariés, d'autant plus que la décision du groupe ne peut se justifier. Il n'y a pas de raison industrielle ou stratégique permettant de comprendre ceci ; il suffit de regarder les résultats de HP pour s'en rendre compte : le bénéfice et les dividendes ne cessent d'augmenter, la comparaison Europe/Asie est favorable à notre continent.
C'est un non-sens complet, une décision uniquement censée donner un coup de pouce à la valeur boursière, on est en plein dans l'immoralité. HP semble avoir définitivement rompu avec l'attitude citoyenne qu'il arborait il y a encore quelques années. On va subir un choc terrible, pourtant on a souvent aménagé des facilités pour HP en les aidant à accéder à des terrains, en participant à des cellules de reconversion... A chaque problème, on était présent.
Peut-on évaluer l'impact des futurs licenciements sur le pôle grenoblois ?
Cela reste difficile à quantifier. Ce qui est certain, c'est que le nombre de personnes touchées sera bien plus important que le chiffre de base, probablement des centaines en plus si l'on prend en compte les sous-traitants, les conjoints... Jusqu'alors, les réduction d'effectifs ont toujours été incorporables au tissu local. Aujourd'hui, on est face à un choc bien plus massif, la conjoncture est moins florissante, c'est très sévère.
Au printemps déjà, on avait senti un flottement avec la décision de HP de ne pas participer au pôle de compétitivité mis en place à Grenoble. Ce groupe fait figure de paradoxe : alors que des sociétés comme Schneider, Teamlog ou Capgemini recrutent des collaborateurs par centaines et que le bassin isérois, qui regorge de compétences et d'innovations, est une région propice à l'industrie IT, HP est le seul qui fasse bande à part.
Fort heureusement, HP ne reflète pas une tendance : le nombre d'emplois continue de progresser.